# Référentiel Evolia de Maturité IA Industrielle, version 1.0 Modèle d'évaluation de la maturité des PME et ETI industrielles françaises face à l'IA. Publié par Evolia Stratégie. Source : https://audit.evoliastrategie.com/referentiel ## Les cinq paliers ### Palier 1 — Socle à construire (score 0 à 19) L'information existe mais n'est pas mobilisable. ### Palier 2 — Premiers repères (score 20 à 44) Des outils sont en place, sans cohérence d'ensemble. ### Palier 3 — Socle en place (score 45 à 69) L'information est centralisée et fiable. ### Palier 4 — Industrialisation engagée (score 70 à 89) Les flux sont connectés, les indicateurs vivent seuls. ### Palier 5 — Piloté par la donnée (score 90 à 100) La donnée est un actif gouverné. Justification des bornes : trois réponses uniformément au troisième niveau donnent 67, soit le palier 3. Le palier 4 exige donc mieux qu'uniformément correct, et le palier 5 la quasi-totalité des réponses au niveau le plus élevé. ## Les huit domaines et leurs critères d’entrée L'ordre est signifiant : il va de la fondation vers la capacité à faire, et il tranche les égalités du facteur limitant. ### 1. Système d'information industriel Les logiciels qui portent l'activité (gestion, production, achats, comptabilité) et ce qui circule réellement entre eux. Pourquoi ce domaine compte : Un outil d'IA ne crée pas l'information : il va la chercher là où elle est déjà. Si elle ne circule pas entre vos logiciels aujourd'hui, elle ne circulera pas mieux demain. - **Palier 1** : Les logiciels métiers fonctionnent séparément. Faire passer une information de l'un à l'autre suppose une ressaisie ou un passage par un tableur. - **Palier 2** : Un logiciel de gestion couvre une partie de l'activité ; le reste est traité par des outils choisis au fil des besoins, sans lien entre eux. - **Palier 3** : Un logiciel de gestion couvre le cœur de l'activité (commandes, achats, production) et fait référence pour tous les services. - **Palier 4** : Les logiciels métiers échangent automatiquement entre eux. Les ressaisies qui subsistent sont identifiées et limitées à des cas connus. - **Palier 5** : Le système d'information est piloté comme un ensemble : les échanges sont documentés, les évolutions planifiées, et l'ajout d'un outil suit un cadre établi. S'il est le facteur limitant : Tant que vos logiciels ne se parlent pas, toute automatisation devra commencer par reconstituer à la main l'information qu'elle est censée traiter, et le gain se dissipera dans cette reconstitution. ### 2. Données et leur qualité Vos articles, clients, gammes, temps et stocks : où ils vivent, qui les tient à jour, et ce qu'il faut leur faire subir avant de pouvoir s'en servir. Pourquoi ce domaine compte : Vos données, ce sont vos fiches articles, vos clients, vos gammes, vos temps, vos stocks. Un outil qui lit des chiffres faux donne des réponses fausses, simplement plus vite. - **Palier 1** : Les informations utiles sont réparties entre postes, boîtes mail et tableurs. Dire quelle version fait foi demande de demander à quelqu'un. - **Palier 2** : Les données principales sont rassemblées dans les logiciels, mais les extraire demande une intervention, et les utiliser demande une reprise à la main. - **Palier 3** : Les données de référence (articles, clients, gammes, temps) sont centralisées, tenues à jour, et une seule version fait foi. - **Palier 4** : Des contrôles encadrent la saisie. Les écarts sont détectés et corrigés sans qu'il faille les chercher. - **Palier 5** : La qualité des données est suivie dans le temps par des responsables identifiés, et leur réutilisation par de nouveaux outils est prévue dès l'origine. S'il est le facteur limitant : Tant que vos données demandent une reprise avant chaque usage, tout outil que vous y brancherez héritera de cette reprise, et vous en découvrirez le coût au moment de la mise en service, pas avant. ### 3. Patrimoine documentaire et savoir-faire Gammes, modes opératoires, réglages, retours d’expérience : ce qui permet de refaire correctement ce qui a déjà été fait. Pourquoi ce domaine compte : Vos gammes, vos réglages, vos façons de faire. Une bonne partie de ce qui fait votre qualité n'est écrite nulle part : elle est dans quelques têtes, et elle part avec elles. - **Palier 1** : Gammes, réglages et tours de main se transmettent de personne à personne. Peu de choses sont écrites, et ce qui l’est n’est pas centralisé. - **Palier 2** : Les documents existent sur un serveur partagé, sans classement homogène ni version clairement identifiée. - **Palier 3** : La documentation technique est classée, versionnée, et accessible à ceux qui en ont besoin. - **Palier 4** : Retrouver le bon document se fait par recherche, y compris sur des commandes d’il y a plusieurs années, et les retours d’expérience y sont rattachés. - **Palier 5** : Le savoir-faire est traité comme un actif : ce qui se produit en atelier alimente la documentation, et un départ ne fait pas disparaître ce que la personne savait. S'il est le facteur limitant : Tant que votre savoir-faire reste dans les têtes, tout investissement sur l'automatisation du chiffrage, de la préparation ou de la réponse technique produira des résultats partiels : l'outil n'aura accès qu'à la fraction écrite de ce que vous savez. ### 4. Processus et flux administratifs Devis, commandes, achats, facturation, relances : ce qui se passe entre le moment où une demande arrive et celui où elle est traitée. Pourquoi ce domaine compte : Devis, saisies, relances, dossiers à monter. Ce sont les heures que personne ne compte, parce qu'elles sont réparties sur tout le monde. - **Palier 1** : Chacun a sa façon de faire. Le traitement d'un dossier dépend de la personne qui s'en occupe, et de sa présence. - **Palier 2** : Les façons de faire sont écrites. L'exécution reste manuelle d'un bout à l'autre. - **Palier 3** : Les étapes clés sont outillées et suivies : on sait à tout moment où en est un dossier, sans avoir à le demander. - **Palier 4** : Les enchaînements courants se déclenchent seuls d'un outil à l'autre. L'intervention humaine se concentre sur les cas particuliers. - **Palier 5** : Les processus sont mesurés (délais, reprises, taux d’erreur) et révisés à partir de ces mesures, pas des impressions. S'il est le facteur limitant : Tant que chaque dossier suit un chemin propre à la personne qui le traite, il n'y a pas de processus à automatiser : il y en a autant que de collaborateurs, et aucun outil ne les couvrira tous. ### 5. Production et pilotage Ordonnancement, charge, avancement, aléas : comment se décide ce qui se fabrique aujourd'hui, et comment vous savez où vous en êtes. Pourquoi ce domaine compte : C'est là que l'écart entre le prévu et le réalisé coûte le plus cher. Et c'est là qu'on le constate le plus souvent trop tard pour le corriger. - **Palier 1** : L'ordonnancement se décide au jour le jour, à partir de l'expérience et de l'urgence. - **Palier 2** : Un planning existe, sous forme de tableur ou de tableau mural, mis à jour à la main. - **Palier 3** : La charge et l'avancement sont suivis dans un outil, et l'atelier comme le bureau partagent la même vue. - **Palier 4** : Les données de production remontent depuis l’atelier. Les écarts entre prévu et réalisé sont visibles sans ressaisie. - **Palier 5** : Le pilotage s'appuie sur des indicateurs disponibles en continu, et les aléas sont anticipés plutôt que constatés. S'il est le facteur limitant : Tant que l'avancement réel n'est connu qu'en interrogeant l'atelier, aucun outil de prévision ne disposera de la matière pour prévoir quoi que ce soit. ### 6. Qualité, conformité et traçabilité Les exigences de vos donneurs d'ordre, les enregistrements qui les prouvent, et le temps qu'il faut pour reconstituer un dossier. Pourquoi ce domaine compte : En sous-traitance, la traçabilité n'est pas un supplément : sans elle, certains clients ne travaillent pas avec vous. C'est aussi le poste le plus lourd en paperasse pour le moins de reconnaissance. - **Palier 1** : Les enregistrements qualité sont sur papier ou dans des fichiers isolés. Reconstituer un dossier demande une recherche. - **Palier 2** : Les exigences des donneurs d'ordre sont traitées au cas par cas, à mesure qu'elles se présentent. - **Palier 3** : La traçabilité est organisée : matière, contrôles et documents d'une même commande se retrouvent ensemble. - **Palier 4** : Les enregistrements se constituent au fil de la production, sans ressaisie, et un dossier client se produit rapidement. - **Palier 5** : La conformité est instruite en amont : les exigences client sont intégrées dès la prise de commande, et suivies dans le temps. S'il est le facteur limitant : Tant qu'un dossier de traçabilité se reconstitue à la demande, le temps que vous y passez restera invisible dans vos prix, et il augmentera avec chaque nouvelle exigence client. ### 7. Confidentialité, infrastructure et sécurité Où vivent vos données, qui peut y accéder, ce qui protège les documents que vos clients vous confient, et ce qui se passe en cas de perte. Pourquoi ce domaine compte : Vos clients vous confient des plans qui ne vous appartiennent pas. Ce que vous en faites décide de ce qui sera possible, ou non, sur un projet d'IA. - **Palier 1** : La protection repose sur l'antivirus et le pare-feu. Les sauvegardes existent mais leur restauration n'a pas été testée. - **Palier 2** : Des règles écrites et des sauvegardes sont en place. Les droits d'accès suivent l'historique des arrivées et des départs. - **Palier 3** : Les accès sont tenus à jour, les sauvegardes vérifiées, et l'endroit où sont hébergées les données est connu. - **Palier 4** : Les documents sensibles reçus des clients sont identifiés, leur diffusion est restreinte, et les incidents sont détectés. - **Palier 5** : La sécurité est traitée par conception : chiffrement, gestion fine des accès, contrôles réguliers, et exigences de confidentialité portées jusqu’aux prestataires. S'il est le facteur limitant : Tant que la sensibilité de vos documents n'est pas identifiée, aucune architecture ne peut être arrêtée : le choix entre un traitement externalisé et un traitement maîtrisé dépend entièrement de cette réponse. ### 8. Maturité IA et capacité à faire Ce que la direction a décidé, qui porte le sujet, quel budget existe, ce qui a déjà été tenté, et ce que les équipes utilisent déjà, y compris sans cadre. Pourquoi ce domaine compte : C'est ce qui décide si un projet ira au bout. Les projets échouent rarement sur la technique : ils échouent faute de porteur, de temps ou de suite donnée. - **Palier 1** : Le sujet n'a pas encore été mis à l'ordre du jour de la direction, et aucune ressource ne lui est rattachée. - **Palier 2** : La direction s'y intéresse, et des essais individuels ont lieu, sans cadre ni budget dédié. - **Palier 3** : Un responsable est identifié, un budget existe, et un premier périmètre a été choisi. - **Palier 4** : Des usages sont en service, encadrés et évalués, et les équipes concernées ont été formées. - **Palier 5** : La trajectoire est inscrite au plan de développement, portée par la direction, et les usages en service sont réexaminés périodiquement. S'il est le facteur limitant : Tant que personne n'a mandat sur le sujet, la qualité de votre socle ne changera rien : un actif que personne n'a la charge de mobiliser reste un actif dormant. ## Les trois axes transverses Les mêmes réponses relues autrement, sans question supplémentaire. Chaque question du socle porte son axe. ### Socle — Ce sur quoi on peut construire. Données, système d’information, infrastructure, documentation. ### Exploitation — Ce qui tourne aujourd'hui. Processus, pilotage, production, qualité. ### Conduite — La capacité à mener le changement. Direction, ressources, budget, sponsor, appétence, expérience passée. ## La matrice de positionnement Socle technique en abscisse, capacité de conduite en ordonnée, séparation à 50 sur 100. ### Volonté sans socle (socle faible, conduite forte) La direction est prête et les moyens suivent, mais les données sur lesquelles s'appuyer ne sont pas encore mobilisables. C'est la configuration où les projets échouent le plus souvent : non par manque d'engagement, mais parce qu'on demande à un outil de lire une information qui n'existe nulle part sous forme exploitable. Premier pas : Traiter le socle avant l'usage : rendre exploitable la matière d'un seul périmètre, plutôt que d'ouvrir un chantier d'IA sur des données qui ne le supportent pas. ### Prêt à industrialiser (socle solide, conduite forte) Le socle existe et la capacité à conduire le changement aussi. Les deux conditions rarement réunies le sont ici : le moment est le bon, et l'enjeu se déplace vers le choix du périmètre et la mesure de ce qu'il rapporte. Premier pas : Choisir un périmètre à valeur démontrable, le mener jusqu'à l'exploitation réelle, et en mesurer l'effet avant d'élargir. ### Tout est à construire (socle faible, conduite faible) Ni le socle ni la conduite ne sont encore en place. Ce n'est pas un retard : c'est une situation de départ, et elle a un avantage : rien n'a encore été investi dans une direction qu'il faudrait défaire. Premier pas : Commencer par un sujet unique, choisi pour son évidence plutôt que pour son ambition, et le mener jusqu'au bout avant d'en ouvrir un second. ### Socle dormant (socle solide, conduite faible) L'actif existe (les données sont là, structurées, accessibles) mais personne n'a mandat pour les mobiliser. La valeur est déjà payée et n'est pas prélevée. C'est la situation la plus frustrante, et la plus rapide à retourner. Premier pas : Désigner un porteur et lui donner un mandat écrit. Le sujet n'est pas technique : il est d'attribution. ## Barèmes des formats non ordonnés Le socle emploie quatre formats. Les questions à choix unique portent leur ordre dans leurs options ; les autres reposent sur une règle explicite, publiée ici parce qu'un barème caché serait une pondération arbitraire au cœur de la méthode. ### SI-1 — Quels outils portent aujourd’hui votre activité ? Format : Choix multiple. Premier cas satisfait, du plus mature au moins mature : - **100** — Gestion, production et suivi d’atelier sont tous les trois outillés - **67** — Gestion et production sont outillées, sans remontée d’atelier - **33** — Un logiciel de gestion ou de production, pas les deux - **0** — Ni logiciel de gestion, ni logiciel de production ### SI-2 — Combien de fois par semaine une information déjà saisie doit-elle être ressaisie ailleurs ? Format : Curseur. - **100** — Aucune ressaisie - **67** — 1 à 5 ressaisies par semaine - **33** — 6 à 15 ressaisies par semaine - **0** — Plus de 15 ressaisies par semaine ### PR-3 — Comment ces tâches administratives sont-elles réalisées aujourd’hui ? Format : Grille. Lignes évaluées : Établissement des devis et chiffrages · Saisie et accusé des commandes · Relances et suivi clients ou fournisseurs. La note est la moyenne des lignes renseignées ; une grille vide n'est pas notée zéro. - **0** — À la main - **33** — Avec des modèles - **67** — Partiellement automatisé - **100** — Automatisé, avec contrôle ### PD-2 — Comment ces informations remontent-elles depuis le terrain ? Format : Grille. Lignes évaluées : Temps réellement passés · Quantités produites ou avancement · Aléas, arrêts et rebuts. La note est la moyenne des lignes renseignées ; une grille vide n'est pas notée zéro. - **0** — Pas tracé - **33** — Papier, puis ressaisi - **67** — Saisi au poste - **100** — Remonté automatiquement ### SE-1 — Où en êtes-vous sur ces trois pratiques ? Format : Grille. Lignes évaluées : Gestion des droits d’accès · Restauration de sauvegarde déjà testée · Chiffrement des postes et des supports. La note est la moyenne des lignes renseignées ; une grille vide n'est pas notée zéro. - **0** — Pas en place - **33** — Partiellement - **67** — En place - **100** — En place et vérifié ### CA-1 — Qu’est-ce qui existe déjà chez vous sur le sujet de l’IA ? Format : Choix multiple. Premier cas satisfait, du plus mature au moins mature : - **100** — Des usages existent, encadrés par des règles écrites et évalués - **67** — Des usages existent et sont encadrés par des règles écrites - **33** — Des usages existent, sans cadre défini - **0** — Aucun usage identifié à ce jour ## Méthode de calcul 1. Toutes les questions du socle retombent sur la même échelle 0 / 33 / 67 / 100, quel que soit leur format. 2. Score d'un domaine : moyenne non pondérée de ses trois questions. Les « je ne sais pas » sont exclus du calcul, jamais notés zéro. 3. Un domaine comptant moins de deux réponses notées est déclaré indéterminé : il sort de l'indice, et le rapport le signale. 4. Palier d’un domaine : obtenu par les seuils fixes ci-dessus. 5. Indice IMI : moyenne non pondérée des domaines déterminés. Aucune pondération. 6. Facteur limitant : le domaine déterminé au score le plus bas. En cas d'égalité, le domaine le plus en amont l'emporte. Principe : le domaine le plus faible détermine ce qu'il est possible de faire. 7. Exposition au risque : calculée à part sur les questions de sécurité, confidentialité, dépendance et obsolescence. Ce n'est pas une maturité — échelle Faible, Modérée, Élevée, Critique. 8. Indice de fiabilité : établi sur le nombre de « je ne sais pas », les domaines indéterminés et les réponses mutuellement incompatibles. ## Ce que ce référentiel n’est pas - Ce n'est pas une norme : ni certifiée, ni opposable, ni adossée à un organisme. - Ce n'est pas un classement : aucune comparaison sectorielle n'est produite, faute de base de référence. - Ce n'est pas un audit : il repose sur des réponses déclaratives, sans vérification sur pièces. ---