Version 1.0

Référentiel Evolia de Maturité IA Industrielle, version 1.0

Un modèle d'évaluation de la maturité des PME et ETI industrielles face à l'IA. Huit domaines, cinq paliers définis par leurs critères d'entrée observables, trois axes transverses et une méthode de calcul explicite. Il est publié intégralement : vous pouvez vous y situer sans passer par notre outil.

Les cinq paliers

Cinq paliers plutôt que quatre : un modèle à quatre niveaux tasse tout le monde au milieu, et un palier intermédiaire donne un prochain pas atteignable. Aucun palier ne décrit une faute — le palier 1 décrit une entreprise dont le savoir-faire existe mais n'est pas encore mobilisable par un outil.

PalierNomCe qui le caractériseScore
1Socle à construireL'information existe mais n'est pas mobilisable.019
2Premiers repèresDes outils sont en place, sans cohérence d'ensemble.2044
3Socle en placeL'information est centralisée et fiable.4569
4Industrialisation engagéeLes flux sont connectés, les indicateurs vivent seuls.7089
5Piloté par la donnéeLa donnée est un actif gouverné.90100

Pourquoi ces bornes. Trois réponses uniformément au troisième niveau donnent 67, soit le palier 3. Le palier 4 exige donc mieux qu'uniformément correct, et le palier 5 exige la quasi-totalité des réponses au niveau le plus élevé. Le modèle ne s'auto-flatte pas : c'est une condition de sa crédibilité.

Les huit domaines

Les domaines sont transverses aux spécialités industrielles : un décolleteur, un chaudronnier, un fondeur et un bureau d'études aéronautique doivent tous pouvoir s'y situer. Leur ordre est signifiant — il va de la fondation vers la capacité à faire.

1. Système d'information industriel

Les logiciels qui portent l'activité (gestion, production, achats, comptabilité) et ce qui circule réellement entre eux.

1
Les logiciels métiers fonctionnent séparément. Faire passer une information de l'un à l'autre suppose une ressaisie ou un passage par un tableur.
2
Un logiciel de gestion couvre une partie de l'activité ; le reste est traité par des outils choisis au fil des besoins, sans lien entre eux.
3
Un logiciel de gestion couvre le cœur de l'activité (commandes, achats, production) et fait référence pour tous les services.
4
Les logiciels métiers échangent automatiquement entre eux. Les ressaisies qui subsistent sont identifiées et limitées à des cas connus.
5
Le système d'information est piloté comme un ensemble : les échanges sont documentés, les évolutions planifiées, et l'ajout d'un outil suit un cadre établi.

2. Données et leur qualité

Vos articles, clients, gammes, temps et stocks : où ils vivent, qui les tient à jour, et ce qu'il faut leur faire subir avant de pouvoir s'en servir.

1
Les informations utiles sont réparties entre postes, boîtes mail et tableurs. Dire quelle version fait foi demande de demander à quelqu'un.
2
Les données principales sont rassemblées dans les logiciels, mais les extraire demande une intervention, et les utiliser demande une reprise à la main.
3
Les données de référence (articles, clients, gammes, temps) sont centralisées, tenues à jour, et une seule version fait foi.
4
Des contrôles encadrent la saisie. Les écarts sont détectés et corrigés sans qu'il faille les chercher.
5
La qualité des données est suivie dans le temps par des responsables identifiés, et leur réutilisation par de nouveaux outils est prévue dès l'origine.

3. Patrimoine documentaire et savoir-faire

Gammes, modes opératoires, réglages, retours d’expérience : ce qui permet de refaire correctement ce qui a déjà été fait.

1
Gammes, réglages et tours de main se transmettent de personne à personne. Peu de choses sont écrites, et ce qui l’est n’est pas centralisé.
2
Les documents existent sur un serveur partagé, sans classement homogène ni version clairement identifiée.
3
La documentation technique est classée, versionnée, et accessible à ceux qui en ont besoin.
4
Retrouver le bon document se fait par recherche, y compris sur des commandes d’il y a plusieurs années, et les retours d’expérience y sont rattachés.
5
Le savoir-faire est traité comme un actif : ce qui se produit en atelier alimente la documentation, et un départ ne fait pas disparaître ce que la personne savait.

4. Processus et flux administratifs

Devis, commandes, achats, facturation, relances : ce qui se passe entre le moment où une demande arrive et celui où elle est traitée.

1
Chacun a sa façon de faire. Le traitement d'un dossier dépend de la personne qui s'en occupe, et de sa présence.
2
Les façons de faire sont écrites. L'exécution reste manuelle d'un bout à l'autre.
3
Les étapes clés sont outillées et suivies : on sait à tout moment où en est un dossier, sans avoir à le demander.
4
Les enchaînements courants se déclenchent seuls d'un outil à l'autre. L'intervention humaine se concentre sur les cas particuliers.
5
Les processus sont mesurés (délais, reprises, taux d’erreur) et révisés à partir de ces mesures, pas des impressions.

5. Production et pilotage

Ordonnancement, charge, avancement, aléas : comment se décide ce qui se fabrique aujourd'hui, et comment vous savez où vous en êtes.

1
L'ordonnancement se décide au jour le jour, à partir de l'expérience et de l'urgence.
2
Un planning existe, sous forme de tableur ou de tableau mural, mis à jour à la main.
3
La charge et l'avancement sont suivis dans un outil, et l'atelier comme le bureau partagent la même vue.
4
Les données de production remontent depuis l’atelier. Les écarts entre prévu et réalisé sont visibles sans ressaisie.
5
Le pilotage s'appuie sur des indicateurs disponibles en continu, et les aléas sont anticipés plutôt que constatés.

6. Qualité, conformité et traçabilité

Les exigences de vos donneurs d'ordre, les enregistrements qui les prouvent, et le temps qu'il faut pour reconstituer un dossier.

1
Les enregistrements qualité sont sur papier ou dans des fichiers isolés. Reconstituer un dossier demande une recherche.
2
Les exigences des donneurs d'ordre sont traitées au cas par cas, à mesure qu'elles se présentent.
3
La traçabilité est organisée : matière, contrôles et documents d'une même commande se retrouvent ensemble.
4
Les enregistrements se constituent au fil de la production, sans ressaisie, et un dossier client se produit rapidement.
5
La conformité est instruite en amont : les exigences client sont intégrées dès la prise de commande, et suivies dans le temps.

7. Confidentialité, infrastructure et sécurité

Où vivent vos données, qui peut y accéder, ce qui protège les documents que vos clients vous confient, et ce qui se passe en cas de perte.

1
La protection repose sur l'antivirus et le pare-feu. Les sauvegardes existent mais leur restauration n'a pas été testée.
2
Des règles écrites et des sauvegardes sont en place. Les droits d'accès suivent l'historique des arrivées et des départs.
3
Les accès sont tenus à jour, les sauvegardes vérifiées, et l'endroit où sont hébergées les données est connu.
4
Les documents sensibles reçus des clients sont identifiés, leur diffusion est restreinte, et les incidents sont détectés.
5
La sécurité est traitée par conception : chiffrement, gestion fine des accès, contrôles réguliers, et exigences de confidentialité portées jusqu’aux prestataires.

8. Maturité IA et capacité à faire

Ce que la direction a décidé, qui porte le sujet, quel budget existe, ce qui a déjà été tenté, et ce que les équipes utilisent déjà, y compris sans cadre.

1
Le sujet n'a pas encore été mis à l'ordre du jour de la direction, et aucune ressource ne lui est rattachée.
2
La direction s'y intéresse, et des essais individuels ont lieu, sans cadre ni budget dédié.
3
Un responsable est identifié, un budget existe, et un premier périmètre a été choisi.
4
Des usages sont en service, encadrés et évalués, et les équipes concernées ont été formées.
5
La trajectoire est inscrite au plan de développement, portée par la direction, et les usages en service sont réexaminés périodiquement.

Les trois axes transverses

Les mêmes réponses se relisent selon trois axes, sans qu'une seule question supplémentaire soit posée. Chaque question du socle porte son axe : c'est de cette relecture que naît la matrice de positionnement.

SocleCe sur quoi on peut construire.
Données, système d’information, infrastructure, documentation.
ExploitationCe qui tourne aujourd'hui.
Processus, pilotage, production, qualité.
ConduiteLa capacité à mener le changement.
Direction, ressources, budget, sponsor, appétence, expérience passée.

La matrice de positionnement

Le socle technique en abscisse, la capacité de conduite en ordonnée, séparation au milieu de l'échelle. Quatre positions, dont aucune n'est un jugement.

Volonté sans socle

Socle faible · conduite forte

La direction est prête et les moyens suivent, mais les données sur lesquelles s'appuyer ne sont pas encore mobilisables. C'est la configuration où les projets échouent le plus souvent : non par manque d'engagement, mais parce qu'on demande à un outil de lire une information qui n'existe nulle part sous forme exploitable.

Prêt à industrialiser

Socle solide · conduite forte

Le socle existe et la capacité à conduire le changement aussi. Les deux conditions rarement réunies le sont ici : le moment est le bon, et l'enjeu se déplace vers le choix du périmètre et la mesure de ce qu'il rapporte.

Tout est à construire

Socle faible · conduite faible

Ni le socle ni la conduite ne sont encore en place. Ce n'est pas un retard : c'est une situation de départ, et elle a un avantage : rien n'a encore été investi dans une direction qu'il faudrait défaire.

Socle dormant

Socle solide · conduite faible

L'actif existe (les données sont là, structurées, accessibles) mais personne n'a mandat pour les mobiliser. La valeur est déjà payée et n'est pas prélevée. C'est la situation la plus frustrante, et la plus rapide à retourner.

La méthode de calcul

Elle est publiée pour pouvoir être vérifiée. Rien n'y est pondéré sans justification, parce qu'aucune pondération ne serait sourçable.

  1. Notation d'une réponse. Toutes les questions retombent sur la même échelle — 0, 33, 67, 100 — quel que soit leur format. Les questions à choix unique portent quatre options ordonnées ; les autres formats ont un barème explicite, publié ci-dessous.
  2. Score d'un domaine. Moyenne non pondérée de ses trois questions. Les « je ne sais pas » sont exclus du calcul, jamais notés zéro. Un domaine comptant moins de deux réponses notées est déclaré indéterminé : il sort de l'indice, et le rapport le dit.
  3. Palier d'un domaine. Obtenu par les seuils fixes du tableau ci-dessus.
  4. Indice IMI. Moyenne non pondérée des domaines déterminés. Aucun domaine ne pèse plus qu'un autre.
  5. Facteur limitant. Le domaine déterminé au score le plus bas. En cas d'égalité, le domaine le plus en amont dans l'ordre ci-dessus l'emporte, parce qu'il conditionne les suivants. Principe directeur : le domaine le plus faible détermine ce qu'il est possible de faire.
  6. Exposition au risque. Calculée à part, sur les questions portant sur la sécurité, la confidentialité, la dépendance et l'obsolescence. Ce n'est pas une maturité : elle a son échelle propre — Faible, Modérée, Élevée, Critique.
  7. Indice de fiabilité. Établi sur le nombre de « je ne sais pas », les domaines indéterminés et les réponses qui ne peuvent pas être vraies en même temps.

Les barèmes des formats non ordonnés

Une question à choix unique porte son ordre dans ses options : la troisième est plus mature que la deuxième, cela se lit. Un choix multiple, un curseur ou une grille n'ont pas cet ordre naturel — leur notation repose donc sur une règle, et une règle qui n'est pas publiée est un seuil arbitraire caché au cœur de la méthode.

Les voici, toutes. Elles sont extraites du questionnaire lui-même : ce que vous lisez ici est exactement ce que le calcul applique.

Choix multiple

Quels outils portent aujourd’hui votre activité ?

Le premier cas satisfait l'emporte, du plus mature au moins mature.

  • 100Gestion, production et suivi d’atelier sont tous les trois outillés
  • 67Gestion et production sont outillées, sans remontée d’atelier
  • 33Un logiciel de gestion ou de production, pas les deux
  • 0Ni logiciel de gestion, ni logiciel de production

Curseur

Combien de fois par semaine une information déjà saisie doit-elle être ressaisie ailleurs ?

  • 100Aucune ressaisie
  • 671 à 5 ressaisies par semaine
  • 336 à 15 ressaisies par semaine
  • 0Plus de 15 ressaisies par semaine

Grille

Comment ces tâches administratives sont-elles réalisées aujourd’hui ?

Chaque ligne est notée sur l'échelle ci-dessous, et la note de la question est la moyenne des lignes renseignées. Une grille laissée vide n'est pas notée zéro : elle est traitée comme une absence de réponse.

  • 0À la main
  • 33Avec des modèles
  • 67Partiellement automatisé
  • 100Automatisé, avec contrôle

Lignes évaluées : Établissement des devis et chiffrages · Saisie et accusé des commandes · Relances et suivi clients ou fournisseurs

Grille

Comment ces informations remontent-elles depuis le terrain ?

Chaque ligne est notée sur l'échelle ci-dessous, et la note de la question est la moyenne des lignes renseignées. Une grille laissée vide n'est pas notée zéro : elle est traitée comme une absence de réponse.

  • 0Pas tracé
  • 33Papier, puis ressaisi
  • 67Saisi au poste
  • 100Remonté automatiquement

Lignes évaluées : Temps réellement passés · Quantités produites ou avancement · Aléas, arrêts et rebuts

Grille

Où en êtes-vous sur ces trois pratiques ?

Chaque ligne est notée sur l'échelle ci-dessous, et la note de la question est la moyenne des lignes renseignées. Une grille laissée vide n'est pas notée zéro : elle est traitée comme une absence de réponse.

  • 0Pas en place
  • 33Partiellement
  • 67En place
  • 100En place et vérifié

Lignes évaluées : Gestion des droits d’accès · Restauration de sauvegarde déjà testée · Chiffrement des postes et des supports

Choix multiple

Qu’est-ce qui existe déjà chez vous sur le sujet de l’IA ?

Le premier cas satisfait l'emporte, du plus mature au moins mature.

  • 100Des usages existent, encadrés par des règles écrites et évalués
  • 67Des usages existent et sont encadrés par des règles écrites
  • 33Des usages existent, sans cadre défini
  • 0Aucun usage identifié à ce jour

Ce que ce référentiel n'est pas

  • Ce n'est pas une norme. Il n'est ni certifié, ni opposable, ni adossé à un organisme.
  • Ce n'est pas un classement. Aucune comparaison sectorielle n'est produite : nous ne disposons d'aucune base de référence, et nous ne prétendons pas en avoir une.
  • Ce n'est pas un audit. Il repose sur des réponses déclaratives, sans vérification sur pièces.

Référentiel publié par Evolia Stratégie. Version 1.0. Toute évolution du modèle change son numéro de version, et chaque rapport porte celle qui l'a produit.